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Il peut s'enorgueillir de posséder la  voix la plus écoutée à la Blancherie et, lorsqu'elle s'élève, le silence s'installe lentement dans les rangs des spectateurs. C'est cette voix de stentor qui souhaite la bienvenue aux spectateurs ou annonce les hauts faits d'une rencontre. Et elle symbolise le fair-play et est particulièrement appréciée par les supporters adverses lorsqu'elle les salue. Cette voix, elle appartient à Christian Perissinotto, le speaker de la Blancherie.

A 36 ans, ce juriste et ancien juniors des SRD qui travaille pour la Confédération, pratique le cyclisme (en salle) et la natation, car deux blessures successives ont mis à mal ses ligaments. Il a accepté avec plaisir de se livrer à cette interview.


Votre situation apparaît privilégiée, au premier aspect …


Paradoxalement, ma position n'est pas si privilégiée qu'on pourrait le croire: depuis mon sous-marin jaune, je ne perçois que difficilement l'ambiance des rencontres et je dois avouer que je vois assez mal ce qui se passe du côté de la piscine. Ainsi, je dois parfois me référer à certains spectateurs mieux placés que moi et leur demander de me confirmer telle ou telle information, avant de l'annoncer au micro.

En outre, je perçois davantage, de par la position qu'ils occupent souvent, l'ambiance que génèrent les supporters adverses: je me rappelle les rencontres contre Bâlois, Zurichois ou Bernois qui m'ont laissé une impression très forte.

Lors d'un match contre Bâle, j'avais annoncé le prénom du gardien, Pascal, en l'occurrence, et que les supporters habitués à dire le nom avaient crié " Zuberbühler"  et cela avait valu pour le reste de l'équipe. Il est difficile de susciter la même réaction avec l'équipe des SRD… même si j'entends souvent la voix du fidèle Hugues en écho…J'aimerais concevoir mon rôle comme celui d'un déclencheur d'ambiance, mais, à la Blancherie, ce n'est pas chose aisée…


Le stade de la Blancherie ne semble pas susciter votre enthousiasme …


Non. Je dois avouer que ce stade n'est pas propice au football et à l'ambiance que ce sport peut générer. Il faut reconnaître qu'il a été construit en priorité pour la pratique de l'athlétisme et que l'anneau éloigne trop les acteurs des spectateurs. J'entends parfois que des gens ne viennent pas avec leurs enfants, car ils ne verraient pas le match. Et je dois avouer que je regrette que ce stade ne suscite pas l'ambiance que nous avons connue, par exemple, au Parc des Sports, voire aux Prés-Roses.

Un élément révélateur est la vitesse à laquelle les spectateurs quittent l'enceinte dès la fin des matches: mis à part quelques fidèles qui restent à la buvette, les autres spectateurs quittent très rapidement le stade, qui ne permet guère les échanges et n'encourage pas la convivialité… A ce sujet, il me semble que l'on devrait s'interroger, au moment où l'on parle de l'aménagement de la Blancherie, sur l'opportunité de construire un stade, ailleurs. J'ai l'impression que l'on réfléchit à court terme et que l'on se demande souvent comment améliorer une situation qui ne donne jamais vraiment satisfaction et qui n'est pas réellement aboutie. A mon sens, il conviendrait, même si la dépense peut s'avérer importante, de se demander si l'on ne devrait pas construire une fois un stade qui pourrait, à long terme, représenter un complexe achevé.


Avez-vous une anecdote à nous raconter ?


Oui. Un souvenir extraordinaire: avant une rencontre disputée dans le cadre de la promotion de Ligue nationale B en ligue nationale A, qui devait opposer Les SRD aux Young Boys, au moment d'enclencher les différents appareils, aucun répondant: rien ne marchait et ce n'est que dix minutes avant le début du match que l'on a réussi à faire fonctionner les installations. Quel  moment de stress! Et quel match! Un déroulement extraordinaire: des retournements de situation exceptionnels avec un résultat digne d'un match de hockey sur glace: 5 à 3 pour nos couleurs devant quelque 3200 spectateurs ravis par la tournure des événements. Je me rappelle des paroles que j'avais prononcées au micro : " quel match, mes amis, quel match" !


Un autre souvenir particulier: au terme d'une rencontre disputée contre Aarau, alors que nous étions deux dans la cabine, l'autre personne assurant l'information pour le lien Internet de la SFL, un petit garçon monte les marches conduisant à notre local tout paniqué et nous explique qu'il avait ramassé un ballon et qu'un supporter argovien l'avait pris dans ses bras puis l'avait lâché…Comme ces choses ne se font pas, au moment des salutations, je me suis autorisé à annoncer que je me permettais de ne pas saluer les supporters argoviens. Tollé chez ces gens qui ont entouré de manière décidée la cabine et nous ont fait peur… Nous sommes restés prisonniers durant 30 minutes dans la cabine et nous n'en sommes sortis que sous l'escorte de policiers venus à notre rescousse…


Quel regard jetez-vous sur  le premier tour ?


Je dois reconnaître que l'équipe fait plaisir: elle nous a offert des séquences de jeu et des spectacles de qualité. En outre l'amalgame tenté par les dirigeants entre les joueurs expérimentés et les jeunes a bien réussi. Si Olivier et Anthony ont pris leurs responsabilités, ils sont parvenus à donner confiance aux jeunes joueurs et à développer leur esprit d'initiative.

Ph. Rossinelli a effectué un bon travail et il a su donner au groupe une homogénéité que l'on perçoit au fil des rencontres. On peut regretter que le contingent ne soit pas plus étoffé, car les blessures – nombreuses – dont ont été victimes des joueurs ont montré la fragilité du groupe.

Il me semble aussi que le groupe II de Première ligue  est assez faible: si l'on excepte les M21 de Bâle, Zürich ou Winterthur, on doit reconnaître que les autres équipes présentent des faiblesses d'ordre technique indéniables.


Et la suite du championnat ?


Je partage tout à fait l'opinion du président Gilles Froidevaux: Les SRD ne figurent pas à leur place en jouant en Première ligue. Il faut que la Première équipe participe aux finales d'ascension et rejoigne le plus rapidement possible la Challenge League. La qualité du contingent peut laisser espérer légitimement cette  promotion et le fidèle public, l'un des plus nombreux de la Première ligue, le mérite bien.

Les SRD doivent représenter la région jurassienne dans l'élite du football suisse, mais il faut aussi que la région se retrouve derrière les SRD. Il convient d'oublier un peu l'esprit de clocher et il est important que la population jurassienne se réunisse derrière le club de la capitale. On a assisté à ces phénomènes de manière importante en hockey et en basketball, il est impératif que l'on constate la même chose en football.

  

Interviews

Christian Perissinotto

Sports-Réunis Delémont, secrétariat général, Préfecture 1, 2800 Delémont